SUR LES BORDS DE LA RANCE, A PLEUDIHEN

Près de 2000 acadiens vont débarquer à St Servan et s'installer sur les bords de la Rance. Trente sept communes vont recevoir ces nouveaux arrivants, dont les principales sont :

St Servan ( 423 familles ), St Suliac (111), Plouer (90), St Malo (84), Pleudihen (78), St Enogat (50), Pleurtuit (40), Châteauneuf (25), Pleslin (18), La Gouesnière (16), Trigavou (16), Ploubalay (14).

Début 1759, Pleudihen voit arriver les premières familles d'acadiens qui vont s'installer dans les villages les plus proches de la Rance, à la Coquenais principalement, ainsi qu'à Mordreuc, La Chapelle de Mordreuc et la Gravelle.

Les villages de Mordreuc et de la Coquenais au début du siècle.

Toutefois, les premiers arrivants semblent s'être installés provisoirement dans les villages du Buet et de la Ville es Genilles où sont enregistrés les premiers décès :

Marguerite BOURQUE 10 ans, le 31 mars à la Ville es Genilles.
Jean BOURQUE âgé d'environ 50 ans, le 3 avril à la Ville es Genilles.
Firmin BROUSSARD 22 ans, le 21 avril au Buet.
Deux enfants de Pierre BROUSSARD et Madeleine LANDRY (3 et 8 ans), les 25 et 28 avril au Buet.

Puis viennent les naissances, la première acadienne est une fille prénommée Marguerite, qui naît à Mordreuc le 14 décembre, de Jean PITRE et Félicité DAIGLE.

Malgré les difficultés pour s'adapter à leur nouvel environnement, les acadiens sont très bien acceptés à Pleudihen, contrairement à d'autres communes. On peut considérer que leur intégration est parfaitement réussie. Des pleudihennais sont parrains ou marraines d'enfants acadiens, témoins lors des mariages et des enterrements.

Début 1760, Joseph AMELINE est le parrain de Joseph Osithe BROUSSART né au Buet, moins d'un an après l'arrivée des parents dans le village. C'est la deuxième naissance acadienne à Pleudihen. Joseph AMELINE sera ainsi le premier d'une longue liste de Pleudihennais.

Le 15/2/1760, Paul HENRY acadien domicilié à St Suliac, épouse Marie BOURG à Pleudihen en présence de plusieurs pleudihennais : Nicolas EVEN, Louis HUET, Malo DELATOUCHE et Jacques BLONDEAU.

Dès les premiers enterrements d'acadiens dans le cimetière de la paroisse en 1759, on constate la présence de plusieurs pleudihennais, voisins ou notables, sans doute par sympathie avec ces familles déracinées qui ont énormément souffert avant d'arriver sur les bords de la Rance.

Ainsi entre 1759 et 1785, si une majorité de mariages s'effectue à l'intérieur de la communauté acadienne de Pleudihen (18) ou des autres communes d'implantation : St Servan (3), St Suliac (3), Plouer (3) et Langrolay (2); quelques mariages sont mixtes (6), soit avec des Pleudihennais de souche, soit avec des "étrangers" domiciliés à Pleudihen .

- 28/2/1764, Jean THIBODAUX et Françoise HUERE du bourg
- 3/2/1765, Marguerite BOURG et Jean METRA militaire originaire de Lorraine.
- 26/1/1768, Joseph LANDRY et Charlotte FLAUD de la Coquenais
- 23/11/1773, Françoise TERRIOT et Jacques VALOIR cordonnier, tous les deux de la Coquenais
- 11/1/1775, Marie THIBODAUX et Nicolas METRA militaire originaire de Lorraine
- 30/9/1777, Élisabeth MELANSON et François CRESTE de la Grande Tourniole

En outre, nous pouvons ajouter dans la liste des mariages mixtes d'acadiens de Pleudihen, celui d'Étienne MELANSON veuf de Françoise GRANGER qui s'est remarié le 24/2/1783 à Miniac Morvan, commune voisine, avec Charlotte LAUNAY. A noter qu'Etienne est le père d'Elisabeth MELANSON qui elle même s'est mariée à un pleudihennais.

Dans les autres communes des bords de Rance, les acadiens s'installent également; à Plouer nous relevons 32 mariages dont 5 mixtes entre 1759 et 1792., St Hélen n'accueille qu'une famille Jean LANDRY et Blanche LEBLANC sa femme (une seule naissance en 1771).

Il y aura 202 naissances pour 92 décès à Pleudihen entre 1759 et 1785, 67 décès concernent des enfants nés dans la commune. A cette époque, la mortalité infantile est très importante.

Entre 1759 et 1785, les familles sont principalement installées à la Coquenais (55 naissances), à Mordreuc (36), à la Gravelle (32) et à la Chapelle de Mordreuc (28). Le Bourg de Pleudihen enregistre également quelques naissances (18), ainsi que les Bas Champs (7), Cains (6), la Ville Ger (6), les Villes Morvues (5), la Ville au Bel (3)

A partir de 1777, la baisse sensible des naissances est due au départ des familles acadiennes pour le Poitou (1773) et la région nantaise (1775/1776).

Le bateau "La Ville d'Archangel" part de St Malo le 12/8/1785 avec une cinquantaine de familles. Ces familles qui embarquent à St Malo sont composées d'acadiens qui vivent sur les bords de la Rance depuis 25 ans ou qui y sont nés. Ils ne connaissent pas la Louisiane mais sont néanmoins prêts à émiger en laissant parfois certains de leurs enfants. Ainsi, la famille PITRE part avec les plus jeunes, et laisse Jean (23ans) et Joseph (21ans) à Pleudihen. Ils se marieront l'année suivante avec des filles de Pleudihen.

Après 1785, seules quelques familles vont rester dans la commune et se fondre dans la population locale, les enfants nés à Pleudihen vont à leur tour se marier et fonder de nouvelles familles, principalement les familles BOUDROT et PITRE.

Deux siècles plus tard, le souvenir de leurs origines acadiennes qui avait disparu de la mémoire, est de nouveau présent.


- Retour page d'accueil - - Liste des familles